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Research Grant

Les patients pour lesquels un examen des artères coronaires est conseillé s’avèrent dans près d’un cas sur dix avoir une sténose du tronc commun, à la base de l’artère coronaire gauche. Cette dernière assure plus de quatre cinquièmes du flux sanguin du cœur. L’artère coronaire droite est responsable du reste.

À la suite d’une sténose du tronc commun sévère, une grande partie du cœur ne reçoit plus un afflux sanguin suffisant et n’obtient par conséquent plus assez d’oxygène. Le sang transporte justement de l’oxygène. Dans ce cas-là, un pontage aorto-coronarien est indiqué soit un stent, un dispositif métallique, peut y être placé pour résorber la sténose. Cependant, de telles interventions présentent aussi un certain risque de complications, bien que le risque ne soit généralement pas très élevé et qu’il n’équivaille pas à celui de ne rien entreprendre. Constater la sténose du tronc commun a donc d’importantes implications pour le patient.

Ces dernières années, il s’est avéré qu’il n’est souvent pas aisé pour un cardiologue de dire avec certitude si la sténose du tronc commun est suffisamment sévère que pour entraîner un manque d’oxygène dans le cœur. L’imagerie des artères coronaires peut en effet parfois se révéler trompeuse. En n’examinant que l’apparence de la sténose, on peut en sous-estimer ou en surestimer la sévérité. Un très long rétrécissement qui n’a, à première vue, pas l’air si sévère peut tout de même sérieusement perturber le flux sanguin. Un bref rétrécissement à première vue sévère peut quant à lui moins perturber le débit sanguin que prévu. En outre, nous savons également que les vaisseaux sanguins très fins de notre cœur et invisibles en imagerie peuvent compenser la sténose des vaisseaux plus épais en se dilatant suffisamment.

En cas de doute quant à la sévérité d’une sténose, nous pouvons à présent utiliser des techniques complémentaires pour mesurer si le débit sanguin est insuffisant. Cette mesure s’effectue en introduisant un fin tube dans les artères coronaires durant une coronarographie (une cathétérisation cardiaque durant laquelle nous injectons un colorant dans les artères coronaires). Dans ce tube a été intégré un petit tensiomètre. Lorsque nous passons au travers de la sténose avec ce tube et que nous constatons que la tension diminue fortement une fois le rétrécissement passé, on en conclut que le débit sanguin est insuffisant et qu’une intervention sera dans la plupart des cas indiquée.

Cette technique est entre-temps appliquée quotidiennement dans les centres cardiaques du monde entier. Elle est également utilisée lorsqu’une sténose du tronc commun est constatée. Cependant, il arrive encore que certains médecins, dans de tels cas de sténose, se laissent uniquement guider par l’imagerie. La plupart des études sur ces techniques spéciales n’ont en effet inclus que peu voire aucun patient atteint d’une sténose du tronc commun. En effet, ces patients sont en général rapidement redirigés vers un pontage aorto-coronarien. Ces techniques se révèlent toutefois tout aussi valables pour l’évaluation des sténoses du tronc commun. Plus encore, tout semble indiquer qu’elles permettent d’éviter des interventions superflues.

Pour obtenir davantage de preuves, nous avons développé l’étude PHYNAL (Prospective Left Main Physiology Registry). Cette étude vise à suivre des patients qui ont subi un examen des artères coronaires auprès d’un cardiologue qui a recours à ces techniques de mesure au quotidien. L’objectif est de vérifier comment les patients se portent à long terme, après avoir subi une intervention pour résorber leur sténose du tronc commun. Ou encore comment se portent des patients qui, sur la base des mesures, n’ont pas eu besoin d’intervention. Chez ces dernières, nous observons également l’évolution de la maladie dans les artères coronaires pour détecter une éventuelle progression de la sténose ou de nouveaux rétrécissements. Nous vérifions si les mesures prises peuvent prédire cette évolution.

Dr. Peter Kayaert